Paris en extérieur : un décor, avec son règlement
C’est le décor qui fait rêver. C’est aussi celui où l’improvisation coûte le plus cher. Une séance professionnelle dans l’espace public parisien n’est pas une promenade avec un appareil photo, et la Ville encadre la pratique de façon précise.
Les rues et les ponts
Pour une petite équipe, moins de dix personnes, avec un matériel léger, dans les rues ou sur les ponts et sans stationnement de véhicule, la Ville de Paris demande une déclaration préalable de tournage sur la voie publique, à déposer au moins cinq jours ouvrés à l’avance. La règle vaut pour les prises de vues photographiques professionnelles, pas seulement pour le cinéma.
Les jardins, les berges, les canaux
Dès qu’on entre dans un parc, un jardin, un bois, sur les berges ou le long des canaux, on change de régime : il faut une autorisation, demandée via l’application municipale AGATE, au moins quinze jours ouvrés avant la date. Des redevances d’occupation du domaine public peuvent s’appliquer.
Et certains jardins parmi les plus photogéniques ne dépendent même pas de la Ville. Le Jardin du Luxembourg relève du Sénat, qui soumet à son autorisation les prises de vues à caractère professionnel ou commercial. Le jardin du Palais-Royal dépend du Centre des monuments nationaux, qui gère les demandes via son service des locations et tournages, avec une grille tarifaire publiée. Les Tuileries, La Villette et le Jardin des Plantes ont eux aussi leurs propres interlocuteurs.
La Défense
L’esplanade, les parvis, les lignes de verre et d’acier : pour un portrait corporate à La Défense, le décor impose immédiatement un registre d’envergure. L’espace public du quartier est géré par l’établissement Paris La Défense, qui encadre les prises de vues publicitaires et accompagne les porteurs de projet dans le montage administratif. On passe par lui, pas par la mairie.
La tour Eiffel, le jour et la nuit
Un cas d’école. De jour, l’image de la tour relève du domaine public et son utilisation est libre. De nuit, c’est une autre histoire : l’illumination dorée, le scintillement et le phare sont protégés, et toute utilisation professionnelle d’une image de la tour illuminée demande une autorisation préalable de la société d’exploitation, avec des droits possibles. Un portrait de dirigeant au crépuscule avec la tour qui scintille en arrière-plan, pour une plaquette commerciale, entre exactement dans ce cas.
Un décor n’est jamais neutre. Même un fond gris dit quelque chose : il dit que vous avez choisi de ne rien montrer d’autre que vous.
Les bâtiments et les passants
Photographier un immeuble depuis la rue est en principe libre : la Cour de cassation a jugé en 2004 que le propriétaire d’un bien ne dispose pas d’un droit exclusif sur son image et ne peut s’opposer à son utilisation qu’en cas de trouble anormal. Mais si le bâtiment est une œuvre architecturale encore protégée, l’exception dite « de panorama » ne couvre que les usages non commerciaux. Plusieurs monuments sont tombés dans le domaine public, l’Arc de Triomphe, le dôme des Invalides, l’Hôtel de Ville, l’Opéra Garnier ; beaucoup d’édifices contemporains, non.
Reste la question des passants. Toute personne identifiable sur une photo doit avoir donné son accord pour que l’image soit diffusée, que la prise de vue ait lieu dans un espace public ou privé. En pratique, on cadre serré, on joue avec la profondeur de champ, on choisit l’heure où la rue est calme. C’est aussi pour cela que les meilleures images de ville se font tôt.