Photographie événementielle

PRÉPARER LE BRIEF D’UN PHOTOGRAPHE ÉVÉNEMENTIEL

déroulé, moments clés, personnes, usages : ce qui se décide avant le jour J

Un événement ne se rejoue pas. Le discours dure quatre-vingt-dix secondes, la coupure de ruban dix, et la salle parfaitement dressée n’existe qu’une seule fois, avant que le premier invité ne pousse la porte. Tout se joue donc dans ce que le photographe sait en arrivant.

Par Pierre-Yves Queignec, photographe corporate à Paris | shooting-corporate.fr

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Dix-neuf heures dix. Le directeur général attrape un micro qui n’était pas prévu là, dit trois phrases, coupe le ruban, serre deux mains et repart vers un taxi. L’affaire a duré une minute et demie.

À ce moment précis, le photographe était à l’autre bout de la salle, en train de faire de très belles images du buffet. Personne n’a fauté. Simplement, personne ne lui avait dit.

C’est toute la différence entre un événement et un portrait. Un portrait se recommence, une séance se décale, un reportage en atelier peut attendre le lendemain matin. Un lancement, une inauguration, une remise de prix : ça passe une fois. Le brief n’est donc pas une formalité administrative avant la mission. C’est la mission qui commence.

Le déroulé : la seule pièce vraiment indispensable

S’il ne devait y avoir qu’un document, ce serait celui-là. Une page, des horaires, des lieux, des noms. Pas le programme imprimé pour les invités, qui reste volontairement flou, mais le vrai, celui de l’équipe qui organise, avec les heures auxquelles les choses arrivent pour de bon.

Un bon déroulé répond à quatre questions pour chaque temps fort : à quelle heure, dans quelle pièce exactement, qui intervient, et combien de temps cela dure. La différence entre « discours vers 19 h » et « discours à 19 h 10 dans le salon du fond, deux minutes, par la présidente » se mesure directement en images obtenues ou manquées.

Prévoyez le glissement

Un événement démarre presque toujours en retard et se comprime ensuite. Indiquer au photographe ce qui peut bouger et ce qui ne bougera pas lui permet d’arbitrer seul, en pleine soirée, sans vous interrompre. La photo officielle avec les partenaires ne bougera pas, parce que trois personnes reprennent un train. Le cocktail, lui, s’étirera.

Les trois images sans lesquelles l’événement est raté

Posez-vous la question franchement, puis écrivez la réponse. Trois images, pas quinze. Le ruban coupé avec la bonne personne dans le cadre. La salle pleine vue de la mezzanine. Le lauréat au moment où il reçoit son prix. Cette hiérarchie est la plus utile de toutes : elle dit au photographe où il doit être quand deux choses intéressantes se produisent en même temps, ce qui arrive toutes les vingt minutes.

Les personnes : qui reconnaître, qui protéger

Un photographe qui découvre votre entreprise le soir même ne reconnaît ni votre présidente, ni le maire de l’arrondissement, ni le client stratégique venu discrètement en fin de soirée. Il voit des gens en costume dans une pièce.

D’où la deuxième pièce du brief : une liste courte de personnes à ne pas manquer, avec un nom, une fonction et, idéalement, un visage. Trois lignes d’un trombinoscope existant suffisent. Et un référent joignable pendant l’événement, quelqu’un qui connaît tout le monde et peut glisser en deux mots « la femme en veste rouge, c’est elle ».

Le droit à l’image ne s’arrête pas au vestiaire

La CNIL est directe sur ce point : « le droit à l’image s’applique partout, y compris sur internet ». Chacun dispose sur son image d’un droit exclusif et peut s’opposer à son utilisation sans autorisation préalable. Le cadre d’une soirée professionnelle n’y change rien.

La fiche publiée par la mission Appui au patrimoine immatériel de l’État, au ministère de l’Économie, précise ce qu’une autorisation doit contenir pour valoir quelque chose. Elle doit être « précise (durée, territoire, modalités, etc.) », afin de couvrir réellement les usages prévus. Une case cochée à l’inscription qui autorise tout, partout, pour toujours, protège mal. Elle mentionne aussi deux points que les organisateurs oublient souvent : pour un mineur, l’accord de chacun des titulaires de l’autorité parentale est obligatoire, et l’autorisation n’est pas requise pour les événements d’actualité ou les personnalités publiques dans l’exercice de leurs fonctions.

Ceux qui préfèrent ne pas apparaître

Il y en a toujours, et ils ont raison d’exister. Le plus élégant est de prévoir un moyen simple de le signaler, une pastille sur le badge, un mot au référent, sans avoir à se justifier devant la moitié de la salle. Le photographe en tient compte au cadrage, ce qui coûte infiniment moins cher qu’un tri après coup.

Anticipez aussi l’après. Une personne peut demander le retrait de son image en ligne, au titre du droit à l’effacement ou du droit à l’image, et la CNIL indique qu’en l’absence de réponse satisfaisante sous un mois, elle peut la saisir. Savoir qui figure sur quelle photo, et qui a signé quoi, rend cette demande simple à traiter. Sans cela, elle devient une petite crise.

Pour les vues de foule, la CNIL rappelle que dans l’espace public le consentement concerne les personnes isolées et reconnaissables. Une salle vue de haut, un cocktail en plan large, une piste de danse : ces images racontent l’affluence sans exposer personne en particulier.

Invitée souriante photographiée pendant un cocktail professionnel, portrait pris sur le vif dans la foule, photographe événementiel Paris

© Pierre-Yves Queignec / shooting-corporate.fr

Les moments qui n’existent qu’une fois

Le plus fragile de tous ne dure que quarante minutes et se situe avant l’heure indiquée sur l’invitation : le lieu fini, propre, éclairé, et encore vide. Les tables dressées, les verres alignés, la signalétique posée, la scène prête, la vitrine allumée. Une demi-heure plus tard, tout cela aura des manteaux dessus et des sacs par terre.

Ces images du lieu intact sont celles qui servent le plus longtemps : elles repartiront dans la communication du prestataire, du traiteur, du lieu, et dans la vôtre, l’année suivante, pour annoncer la prochaine édition. Encore faut-il que le photographe ait le droit d’entrer quand le décor est terminé et que personne ne lui demande d’attendre dehors avec les invités.

Cette logique vaut dans tous les registres. Lors de l’ouverture de la nouvelle boutique Létrange à Paris, le reportage devait tenir ensemble le lieu, les produits et les invités. Pour le lancement des nouveaux parfums Trudon, l’enjeu était d’articuler la temporalité de la soirée et la restitution éditoriale des nouveautés. À la Galerie François Laffanour, il fallait restituer les œuvres exposées autant que les moments de la soirée. Dans les trois cas, la part la plus durable des images se décide avant l’arrivée du public.

Un photographe ne rate pas un moment par manque de talent. Il le rate parce que personne ne lui avait dit qu’il allait avoir lieu.

Pensez enfin aux détails que vous avez payés cher et que vous seul voyez : le menu calligraphié, la bougie sous cloche, le nœud de ruban, la plaque gravée. Ils ne figurent sur aucun déroulé et ce sont eux qui donneront sa texture au reportage.

Le lieu : lumière basse, écrans, règlement

Un plan de salle et trois photos prises au téléphone valent une heure de réunion. Ils disent l’essentiel : où se tient la scène, d’où viendra la lumière, ce qu’il y a derrière les intervenants, et si le fond de l’image sera une belle verrière ou une sortie de secours.

La question du flash se tranche avant, pas pendant. Certains lieux l’interdisent, certaines galeries le limitent devant les œuvres, et un flash braqué sur un orateur pendant une prise de parole est rarement une bonne idée. Cela s’anticipe en choisissant les optiques et les positions, pas en improvisant au troisième rang.

Les écrans dictent leur loi. Une scène éclairée en bleu ou en rouge vif, des LED derrière les intervenants, un logo projeté : la lumière de scène impose sa couleur à tous les visages. Savoir à l’avance à quoi ressemblera la plénière permet de prévoir le traitement plutôt que de le subir.

L’intendance compte plus qu’on ne croit. Par quelle porte entre-t-on, faut-il un badge, où poser une sacoche en sécurité, y a-t-il un vestiaire, une prise, un coin sombre pour changer d’objectif. Et si une partie de l’événement se tient dehors, à quelle heure le soleil se couche ce jour-là, parce que la terrasse magnifique de dix-huit heures sera un parking noir à vingt heures trente. Le choix du décor mérite d’ailleurs une réflexion à part entière, j’y ai consacré un article sur les lieux de shooting corporate à Paris.

Scène d'une plénière d'entreprise éclairée en bleu, grand écran allumé derrière les intervenants, photographe événementiel Paris

© Pierre-Yves Queignec / shooting-corporate.fr

Les usages : ce que les images feront après

Dernière rubrique du brief, et celle qui change le plus de choses pendant la soirée. Une story verticale, un bandeau de page carrière, une double page de rapport annuel et une photo destinée à la presse spécialisée n’appellent ni les mêmes cadrages, ni les mêmes orientations, ni la même façon d’occuper l’espace autour du sujet.

Si ces usages sont dits avant, chaque scène importante peut être photographiée en horizontal et en vertical, avec de l’air d’un côté pour poser un titre. S’ils sont découverts trois semaines plus tard, il ne reste que le recadrage, qui rogne à la fois l’image et la définition.

Même logique pour le tempo. Si une publication doit partir le soir même ou le lendemain matin, ce n’est pas un détail d’organisation, c’est une contrainte de brief : elle décide du rythme de travail sur place. Une information donnée la veille ne coûte rien. La même, demandée à vingt-trois heures, coûte une nuit à tout le monde.

Enfin, la question des droits se règle en même temps que celle des usages. Sachant précisément où les images iront, sur quels supports, pour quelle durée, on écrit une autorisation qui couvre vraiment ce que vous ferez, et on évite la zone grise où plus personne ne sait ce qui est permis. Les mêmes informations serviront, deux ans plus tard, à retrouver les bons fichiers et à créditer correctement leur auteur.

Trois heures d’événement.
Vingt minutes de brief.

Rien de ce qui précède ne demande un cahier des charges. Un déroulé honnête, une liste de personnes, trois photos du lieu, une note sur ce qui est sensible, une phrase sur ce que les images devront faire ensuite. Vingt minutes, la veille, autour d’un café ou au téléphone.

En échange, le photographe cesse d’être un invité de plus qui découvre la soirée en même temps que vous. Il devient quelqu’un qui sait où se placer à 19 h 08, deux minutes avant que le micro ne change de mains.

Un événement ne se rejoue pas. C’est exactement pour cela qu’il se prépare.

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Inaugurations, lancements, soirées, remises de prix : parlons du déroulé avant de parler de photographie.

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